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Chèque de garantie : la date peut tout changer

  • Photo du rédacteur: sophie darras
    sophie darras
  • 11 juin
  • 3 min de lecture


Illustration juridique représentant la rédaction d’un chèque de garantie par une main tenant un stylo, avec un marteau de juge en arrière-plan. Visuel symbolisant les règles de validité du chèque et les enjeux juridiques liés à sa date d’émission.

Alors que les paiements par carte et les virements ont largement remplacé le chèque dans la vie quotidienne, ce dernier continue de faire parler de lui devant les tribunaux. Un récent arrêt de la Cour de cassation rendu le 4 février 2026 rappelle une règle fondamentale souvent méconnue : un chèque doit être daté par son émetteur au moment de sa création. Sans cette formalité, il perd sa valeur juridique de chèque.


Une simple date qui conditionne la validité du chèque

Le chèque est ce que les juristes appellent un « titre formaliste ». Cela signifie que certaines mentions obligatoires doivent impérativement figurer sur le document pour qu'il soit valable.

Parmi ces mentions figure la date de création du chèque. Celle-ci doit comporter le jour, le mois et l'année. Cette indication n'est pas un simple détail administratif : elle permet notamment de vérifier la capacité du signataire à émettre le chèque, de contrôler ses pouvoirs éventuels et de déterminer les délais légaux de présentation au paiement.

En l'absence de date, la sanction est particulièrement sévère : le document ne vaut plus juridiquement comme chèque. Il peut éventuellement servir d'élément de preuve dans un litige, mais il perd les protections et mécanismes propres au droit cambiaire.


L'affaire jugée par la Cour de cassation

Dans l'affaire examinée par la Cour de cassation, plusieurs chèques avaient été remis en 2010 sans être datés. Sept ans plus tard, le bénéficiaire avait lui-même ajouté une date avant de tenter de les utiliser.

Le problème ? Aucun accord clair et non équivoque du tireur n'autorisait cette démarche.

La Cour a donc considéré que les chèques étaient irréguliers et ne pouvaient produire les effets juridiques normalement attachés à un chèque valide.

Cette décision confirme que la date ne peut pas être complétée librement par le bénéficiaire, sauf si le titulaire du compte a expressément accepté cette possibilité.


Le cas particulier du chèque de garantie

Cette décision concerne directement la pratique du chèque de garantie.

De nombreuses entreprises ou professionnels demandent encore un chèque de garantie lors de certaines prestations ou locations. Le principe consiste à remettre un chèque qui ne sera encaissé qu'en cas de problème, d'impayé ou de non-respect d'un engagement.

Pour contourner certaines contraintes légales, il arrive que ces chèques soient remis sans date lors de leur signature.

Or cette pratique comporte un risque important.

La Cour de cassation avait déjà admis dans une précédente décision qu'un chèque puisse être complété ultérieurement lorsque les parties avaient clairement convenu de cette possibilité. Mais l'arrêt du 4 février 2026 précise que cet accord doit également porter sur le fait que le bénéficiaire soit autorisé à inscrire lui-même la date.

Sans preuve de cet accord, le chèque perd sa valeur juridique.


Un instrument de paiement avant tout

Il est important de rappeler qu'un chèque reste juridiquement un moyen de paiement payable à vue.

Autrement dit, même lorsqu'il est présenté comme un « chèque de garantie », rien n'empêche en théorie son encaissement immédiat. La mention d'une date future ou l'existence d'un accord verbal n'empêchent pas nécessairement son paiement.

Cette caractéristique explique pourquoi les tribunaux se montrent particulièrement vigilants lorsqu'il s'agit de modifier ou compléter un chèque après sa remise.


Ce qu'il faut retenir

L'arrêt du 4 février 2026 rappelle une règle essentielle : la date inscrite sur un chèque n'est pas une simple formalité administrative.

Pour être valable, un chèque doit être correctement daté par son émetteur. Si le bénéficiaire ajoute lui-même la date sans autorisation claire et démontrable, le document risque de perdre toute sa valeur juridique.

Cette décision met également en lumière les limites du chèque de garantie. Conçu à l'origine comme un moyen de paiement immédiat, le chèque se prête difficilement à une fonction de sûreté ou de garantie à long terme.

Pour les particuliers comme pour les professionnels, la prudence reste donc de mise : lorsqu'un chèque est utilisé comme garantie, il est indispensable que les modalités soient clairement définies et formalisées afin d'éviter toute contestation ultérieure.

Source : Cour de cassation, chambre commerciale, arrêt du 4 février 2026.


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